vendredi 24 février 2012

Rock Progressivo Italiano : une conversion esthétique



Au tout début des années soixante-dix, alors que le rock progressif naît en terre d’Angleterre sous l’impulsion de King Crimson, les Italiens ne tardent pas à s’emparer du genre. Il faut dire que leur goût prononcé pour l’opéra et le jazz les prédisposait, voire les prédestinait à s’amouracher de la richesse de cette musique hybride, faite de la rencontre de différents genres.

Alors que la France ne compte qu’un groupe de rock progressif de renom, Ange, ainsi que quelques joyaux oubliés comme Harmonium, le nombre de bons groupes italiens à participer à l’essor du progressif est surprenant. Goblin, Premiata Forneria Marconi, Banco del Mutuo Soccorso, Le Orme et Area forment la figure de proue du vaisseau italien. Chaque formation susnommée façonne alors un style particulier allant du rock progressif symphonique s’apparentant à Genesis pour PFM à la fusion jazz-rock déjantée pour les gauchistes à la technique instrumentale renversante d’Area, en passant par la bande originale de films d’horreur aujourd’hui cultes pour Goblin. Mais en marge de ces références reconnues du progressif italien, un curieux phénomène de groupes ne livrant qu’un seul et unique opus se manifeste. A Maxophone, Museo Rosenbach (« Zarathustra »), Semiramis (« Dedicato A Frazz ») ou encore Celeste, il aura suffi d’un seul album pour s’assurer l’éternité.

Il existe en anglais une expression parfaite pour décrire cette musique : « it’s an acquired taste ». On dit cela à propos d’un bon vin, d’un grand whisky ou du Christmas pudding. La métaphore culinaire fonctionne parfaitement pour faire comprendre que le rock progressif nécessite un apprentissage, une initiation esthétique. Et ce davantage lorsque les morceaux sont chantés en italien ! Car il faut alors faire tomber bien des clichés que je n’énumèrerai pas… Longtemps, la langue italienne chantée constitue un obstacle à l’approche du genre. Mais happé par des musiciens de talent aux compositions saisissantes, on passe outre jusqu’au jour où s’opère un enchantement. L’enchantement de la langue. Un plaisir, né de l’écoute même de cet idiome flamboyant, un plaisir où se mêle un sentiment d'étrangeté, de curiosité néophyte. L’obstacle est devenu par un renversement inattendu une force d’attraction qui entraîne enfin l’adhésion complète au rock progressivo italiano.

Quant à la grandiloquence que certains ne manqueront pas de reprocher aux chanteurs, à quelle langue sied-elle aussi bien qu’à l’Italien ?

John Fendley


mardi 21 février 2012

Symphonie Sarkozyste



Difficile de passer à côté de l'entrée en campagne de Nicolas Sarkozy, candidat à sa propre succession pour la Présidence de la République Française. Le spectacle est total, digne d'un blockbuster américain où la mise en scène prime sur le fond, à grands renforts d'images, de déclarations fracassantes et de figurants dupliqués ad infinitum (oui, vous savez, les "sympathisants" qu'on entasse les uns sur les autres et qu'on trie sur le volet à savoir qui applaudit en rythme, qui tient le mieux le flambeau, qui est capable de la plus grande complaisannce etc etc). Nous sommes sur un ring et le combat promet d'être âpre, tendu, aux frontières de la correction et d'une certaine retenue "républicaine". Le tribun Sarkozy est une fine lame de la politique, un monstre d'envergure, c'est un peu le Godzilla français, de sang mêlé, qui revendique pleinement un héritage gaullien, faute de pouvoir avancer un bonapartisme qui serait, peut-être, plus approprié. "La France Forte", le slogan de sa campagne, accompagne l'homme que l'on imagine à la proue du navire, tenant bon la barre, alors que celui-ci, fortement secoué, peine à s'extirper de la tempête, en Mer Egée (car le plan d'eau de l'affiche de campagne se trouve être la mer entre la Turquie et la... Grèce). Confiant, le capitaine veut se refaire une santé, retrouver l'allant de 2007, ce Balboa des temps modernes, cet oeil du tigre, prêt à mordre Appolo Creed (François Hollande) et le tuer, une bonne fois pour toutes. Car une campagne présidentielle, c'est une arène, un Colysée moderne où les mots ont la force d'un trident. Péplum d'un nouveau genre, il fallait s'attendre à une bande originale représentant cette "France Forte" empruntée au Giscard défait de 1981. Qu'importe, si les spin doctors à la française ont jugé bon d'associer le Sarkozy de 2012 à plusieurs témoins décadents, c'est qu'ils ont probablement réfléchi à une stratégie imparable pour faire gagner leur poulain, encore fébrile dans les intentions de vote. Il fallait frapper fort, symphonique, grandiloquent, il fallait que l'hymne soit Wagnérienne pour flatter les cadres et l'élite, et moderne pour toucher les jeunes "pop". Sans décortiquer la composition (qui tue un chaton à chaque écoute), penchons nous sur cette façon d'imaginer la musique dans un contexte politique et d'envisager la Symphonie Sarkozyste. Cette composition "originale" de Laurent Ferlet (compositeur de la série "Une Femme d'Honneur"... hum) se situe à la croisée d'une épisode d'un Terra Nova chapeauté AB Productions avec en ligne de mire le groupe Era recruté pour le prochain Pirate Des Caraïbles (Dieu nous en préserve...). Le tout vulgairement mixé avec une rythmique électro sortie de nulle part. Ah si pardon, pour plaire aux jeunes "pop"... Cette musique qui marque l'effort du capitaine pour nous sauver de la crise et qui professe un cap en faisant mine de tenir la barre. Pour être profondément honnête, elle ressemble aux discours de Nicolas Sarkozy et aux excès de lyrisme dont font preuve les personnes de l'entourage du Président (plumes et conseillers). Banale, artificielle mais surtout tellement clichée et de si mauvais goût. Aurait-on, ne serait-ce une seule seconde, une capacité à prendre du recul dans les rangs de l'UMP? Aurait-on décidé de prendre les gens pour des imbéciles pour les traîner dans une si mauvaise comédie dramatique? N'est pas Jerry Bruckenheimer qui veut. Diable, qu'on en finisse ! Qu'on sorte de cette période de théâtre de collège ! Et vive la musique (comprendre, dans les prochains articles de ces colonnes) ! 

Musique de campagne de Nicolas Sarkozy, présidentielles 2012.

vendredi 17 février 2012

dEUS - Ghost



C'est un de nos groupes fétiches, dEUS ou l'art de manier la baguette rock avec la précision d'une lame Ghinzu (hum hum, n'y voir aucune allusion à leur voisins bruxellois). En l'espace d'une bonne décennie, les belges ont eu de quoi damer le pion à un certain nombre de groupes anglais de l'époque. Mais en 1999, alors que sortait l'énormissime "The Ideal Crash", l'Angleterre et une grande partie de l'Europe vibrait au son de la britpop, avec Oasis, Blur, Pulp et consorts. Pas de place pour des huluberlus flamands mélangeant volontiers rock, cordes et musique électronique. En 2011, c'est "Ghost" qui vient garnir le rang des singles à fort potentiel sur un nouvel album vraiment réjouissant ("Keep You Close). Illustré par un facétieux clip mettant en scène un Jésus trash des temps modernes dans un décors de skate park, on se régale ! 


mardi 14 février 2012

Tweeter la musique





Changer des tweets en musique, tel était le défi d'un duo allemand (Heavy Listening) expert en design sonore et expérimentations musicales. C'est à Berlin, terre de l'expérimental européen et plus précisément au Berghain, l'un des clubs les plus en vue du pays, qu'ils ont fait vibrer la tweetosphère avec un concept novateur qui propulse l'interactivité au coeur de l'un des plus puissants réseau social. Pour décrire l'idée simplement, chaque tweet envoyé avec les hashtags #Berghain ou #Tweetscapes (le nom du projet) renverra des sons spécialement crées par Anselm Venezian Nehls et Carl Schilde. L'idée part d'une transformation de données en éléments sonores. Une performance plutôt insolite et une installation musicale innovante en association avec le quatuor Automat. A découvrir ! 

Explications 





Extrait du rendu au Berghain Club



lundi 13 février 2012

La dame de fer en musique



Leader du parti conservateur et premier ministre britannique entre 1979 et 1990, Margaret Thatcher laissera une empreinte plutôt paradoxale dans la mémoire de nos voisins anglais. Entre haine et passion. Haine pour une grande partie du peuple anglais, particulièrement la classe ouvrière sacrifiée sur l'autel de la finance. Passion, certes modérée et minoritaire, pour une autre partie du peuple, celle qui considère qu'elle a modernisé le pays et lui évita de sombrer dans une profonde crise. Nous n'engagerons pas de débat à ce sujet qui, bien qu'il soit terriblement d'actualité en cette période de campagne électorale, ne concerne pas le but de ce blog, axé sur la musique et la création sonore. Alors qu'un biopic sort cette semaine sur la Dame en question ("La Dame de Fer", réalisé par Phyllida Lloyd et interprété par Meryl Streep), revenons donc à notre propos qui mêle "dame de fer" et artistes britanniques engagés. Aux prémices de son accession au pouvoir, en 1979, c'est les Clash qui s'emparèrent de la révolte avec l'hymne "London Calling" qui prédit une ère glaciaire ("The ice air is coming...") et met le punk rock en orbite. Suivra "The Post War Dream" des Pink Floyd ou plus exactement de Roger Waters, désormais seul au commande de l'un des paquebots du rock psychédélique anglais, se lamentant du sort de ses concitoyens ("Oh Maggie, what have we done"). Il s'avère que cet album entraînera le début d'une très discutable carrière solo du bassiste et principal compositeur du groupe. Personnage controversé mais hautement symbolique d'une Angleterre révoltée mais néanmoins romantique, Morrissey continuera d'enfoncer le clou avec le terrible "Margaret On The Guillotine" issu de son premier album ("Viva Hate" sorti en 1988) , une ballade qui voit les "gentils" rêver de la disparition de Maggie ("Cause people like you make me feel so sad, please die"). Enfin, au crépuscule de sa carrière politique, celle qui rendit les clés du 10, Downing Street en versant quelques larmes tout en clamant "avoir rendu le pays meilleur qu'avant son arrivée au pouvoir", se vit attribuer un dernier hommage avec "Iron Hand" de Dire Straits qui relate les événements de 1984-1985 et les grèves des mineurs du pays. Une belle conclusion issue du très beau "On Every Street" (1991), dernier album du groupe de Mark Knopfler.  Cette liste non exhaustive s'accompagnera peut-être, chères lectrices, chers lecteurs, d'autres recherches averties. 


The Clash - London Calling (Eponyme, 1979)



Pink Floyd - The Post War Dream (The Final Cut, 1983)



Morrissey - Margaret On The Guillotine (Viva Hate, 1988)




Dire Straits - Iron Hand (On Every Street, 1991)



mardi 7 février 2012

Lana Del Rey - Born To Die


Lana Del Rey n'aura pas de mal, et ce en dépit de critiques sévères de la presse, à écouler quelques wagons de son premier album, "Born To Die". Pas seulement grâce au buzz qui l'entoure et à son physique iconique de poupée Barbie désenchantée. Avant la sortie de son album, "Video Games" affolait la toile et faisait péter les compteurs de la planète Youtube. Et puis, il y a eu les apparitions live déplorables. Car à l'inverse de ses contemporaines, la jeune new-yorkaise n'a pas un once de présence sur scène et semble en difficulté dans l'interprétation de ses chansons, comme s'il s'agissait d'un exercice qui l'effrayait, à la manière d'un enfant convoqué pour réciter une poésie en espagnol. Bref, elle est à côté de la plque et j'imagine qu'à la Star Ac', elle en aurait pris des baffes. Car il faut formater, histoire de plaire, et vite si possible, l'industrie du disque n'ayant plus les moyens d'attendre. Derrière cette tragédie, quelques artistes continuent à produire des petites bombes, à l'instar de ce "Born To Die", imparfait, pas à la hauteur de l'énorme buzz de "Video Games" mais terriblement touchant avec en tête "Off To The Races", titre Bushien par excellent (par George W. mais bien Kate, Kate Bush), servi par des arrangements de cordes cousus à l'or fin. On pourrait s'épancher également sur "National Anthem" et sa production très nineties, pas si éloigné du "Protection" de Massive Attack" ou sur "Dark Paradise", tube en devenir, avec un refrain minaud mais taillé pour la planète charts. A l'heure où l'horrible pré-retraitée Madonna s'apprête à squatter les ondes et les PLV des magasins avec un prochain album pris à droite ou à gauche des tendances et qu'elle interprétera en playback sur scène (voir son odieuse prestation de pompier à la mi-temps du Super Bowl) sans la moindre considération autre qu'un mercantilisme acharné, Lana Del Rey propose un objet sonore (primant sur le songwriting, certes, chancelant sur une bonne moitié des titres) où sa voix, catalyseur d'émotions et délibérément frontalière d'une mélancolie façon lolita des temps modernes ("Without You"), s'incorpore à merveille à une production gonflée à l'helium qui ne laisse rien au hasard. Eternel, non, mais hautement recommandable. 



lundi 6 février 2012

Hans Zimmer nous invite dans son studio



Hans Zimmer, c'est l'un des plus grands compositeurs contemporains de musiques de films, plus précisément pour les blockbusters américains, ceux qui font exploser le box office. Au hasard (il y en a des dizaines), nous citerons Batman The Dark Knight, Pirates des Caraïbes, Gladiator, Mission Impossible, Inception...  Avec ses cachets avoisinant ceux des plus grandes stars holywoodiennes, notre cher Hans a pu s'offrir le rêve de tous les musiciens, compositeurs et autres producteurs (pour finaliser une carrière dans le plus beau des atours) : un studio grandiose que l'on jurerait installé dans un château écossais. L'ambiance velours ronce de noyer côtoie une montagne de technologie qu'il serait impossible de décrire vu l'immensité du lieu et la splendeur offerte à nos yeux (on croirait voire un tableau hyperréaliste). C'est en quelque sorte le studio de la consécration, celui qui vient couronner trente ans d'oeuvres musicales pour l'image. A priori, chaque séance démarrerait avec un petit Bourbon... 

Merci à Tiyan qui m'a fait découvrir le site et l'article en question, dont je recommande l'écoute de son premier E.P, "A Cloud Of Milk" (chroniqué cette semaine dans ces colonnes) à écouter ici ou sur toutes les plateformes de téléchargement.